Chaque année, des milliers de bailleurs laissent filer une hausse de loyer à laquelle ils avaient pourtant droit, pendant que d’autres appliquent une augmentation qui ne tiendra pas devant un juge. Entre les deux se loge la même méconnaissance d’un mécanisme pourtant balisé : la révision annuelle du loyer à partir de l’indice de référence des loyers, l’IRL. En 2026, cet indice progresse modérément, autour de 1 % sur un an, après plusieurs années de secousses liées à l’inflation. Cette accalmie ne rend pas la règle plus simple pour autant. Le délai à respecter, la présence ou l’absence d’une clause dans le bail, l’étiquette énergétique du logement et sa localisation en zone tendue peuvent chacun bloquer la hausse, indépendamment les uns des autres. Ce guide reprend la mécanique de bout en bout : les valeurs officielles de l’indice, la formule exacte, un exemple chiffré, le calendrier à tenir et les situations où réviser le loyer expose purement et simplement à un remboursement.

Réviser un loyer n’a rien d’automatique : ce que dit vraiment la loi
La révision du loyer repose sur l’article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989. Le principe tient en une phrase : le loyer d’un logement loué à titre de résidence principale peut être révisé une fois par an, à l’initiative du bailleur, à condition qu’une clause de révision figure dans le contrat de location. Ce dernier point est décisif et beaucoup l’oublient. Sans clause de révision expressément prévue au bail, aucune augmentation annuelle n’est possible, même si l’indice a bondi. Le loyer reste alors figé pendant toute la durée du contrat, et le bailleur devra attendre le renouvellement du bail pour tenter, sous conditions strictes, une réévaluation pour sous-évaluation manifeste.
Quand la clause existe, la révision intervient à la date qu’elle indique ou, à défaut de précision, à la date anniversaire du bail. Un bail signé le 1er septembre 2025 se révise donc au 1er septembre 2026, puis au 1er septembre 2027, et ainsi de suite. L’augmentation ne peut jamais dépasser la variation de l’IRL sur un an. Le bailleur peut appliquer moins, jamais plus. Cette règle vaut pour la location vide comme pour la location meublée à titre de résidence principale, avec les mêmes contraintes de calcul et de calendrier.
L’IRL en 2026 : les valeurs officielles à connaître
L’indice de référence des loyers est publié chaque trimestre par l’Insee. Il correspond à la moyenne, sur les douze derniers mois, de l’évolution des prix à la consommation hors tabac et hors loyers. Autrement dit, il lisse l’inflation plutôt qu’il ne la suit au jour le jour, ce qui explique le décalage souvent constaté entre le ressenti des ménages et la hausse autorisée. Depuis la fin du bouclier loyer, l’indice a retrouvé une progression contenue : après une variation annuelle de 1,40 % au premier trimestre 2025, la hausse s’est repliée autour de 0,8 % avant de remonter légèrement à 1,15 % au deuxième trimestre 2026.
| Trimestre de référence | IRL France métropolitaine | Variation sur un an | Date de publication |
|---|---|---|---|
| 1er trimestre 2025 | 145,47 | + 1,40 % | avril 2025 |
| 2e trimestre 2025 | 146,68 | + 1,04 % | juillet 2025 |
| 1er trimestre 2026 | 146,60 | + 0,78 % | avril 2026 |
| 2e trimestre 2026 | 148,37 | + 1,15 % | 10 juillet 2026 |
| 3e trimestre 2026 | à paraître | à paraître | 15 octobre 2026 |
Deux indices spécifiques coexistent avec celui de la France métropolitaine. En Corse, l’IRL du deuxième trimestre 2026 s’établit à 146,22. Dans les départements et régions d’outre-mer régis par l’article 73 de la Constitution, il atteint 146,94. Ces valeurs distinctes résultent de dispositifs d’encadrement adoptés pour limiter la pression locative sur ces territoires. La variation annuelle y est en revanche identique à celle de l’Hexagone, à 1,15 % au deuxième trimestre 2026. Un bailleur corse ou ultramarin doit impérativement utiliser l’indice de son territoire, sous peine de calculer une hausse invalide.
La formule de calcul, pas à pas
Le calcul lui-même n’a rien de sorcier, à condition de retenir une règle simple : on compare toujours deux indices du même trimestre, à un an d’intervalle. Le trimestre de référence est celui indiqué dans le bail. S’il n’en mentionne aucun, c’est le dernier indice publié à la date de signature du contrat qui sert de base. La formule officielle s’écrit ainsi :
Nouveau loyer hors charges = loyer actuel hors charges × (IRL du trimestre de référence de l’année en cours ÷ IRL du même trimestre l’année précédente)
Prenons un cas concret. Madame Perrot loue un deux-pièces 780 € hors charges depuis le 1er septembre 2024. Le bail prévoit une révision annuelle indexée sur l’IRL du deuxième trimestre. Au 1er septembre 2026, elle applique la formule : 780 × (148,37 ÷ 146,68) = 788,99 €. Le loyer révisé s’établit donc à 788,99 €, soit une hausse de 8,99 € par mois, ou 107,88 € sur l’année. Notez que le calcul porte exclusivement sur le loyer hors charges : les provisions pour charges ne sont jamais indexées sur l’IRL, elles se régularisent séparément sur la base des dépenses réelles justifiées.

Trois erreurs reviennent régulièrement. La première consiste à utiliser le dernier indice publié plutôt que celui du trimestre de référence inscrit au bail : un bailleur qui révise en septembre avec l’indice du deuxième trimestre alors que son contrat vise le quatrième trimestre calcule une hausse contestable. La deuxième est d’arrondir généreusement le résultat vers le haut. La loi ne prévoit aucun arrondi : le montant obtenu s’applique tel quel, au centime près, même si 788,99 € paraît moins commode que 789 €. La troisième consiste à cumuler plusieurs années de révision oubliées en une seule fois, ce que la loi interdit formellement.
La révision du loyer est une faculté, pas une obligation. Un bailleur qui ne l’applique pas ne perd rien d’autre que la hausse de l’année écoulée, mais il ne peut jamais la rattraper rétroactivement au-delà du délai légal.
Le délai d’un an : la règle qui piège le plus de bailleurs
Depuis la loi ALUR de 2014, le bailleur dispose d’un délai d’un an à compter de la date de révision prévue au bail pour manifester sa volonté d’augmenter le loyer. Passé ce délai, la révision de l’année concernée est définitivement perdue. Elle n’est pas reportée, elle n’est pas cumulable avec la suivante : elle disparaît. Concrètement, un bailleur dont le bail prévoit une révision au 1er septembre 2025 avait jusqu’au 31 août 2026 pour la réclamer. S’il s’en avise en octobre 2026, il ne peut plus prétendre qu’à la révision du 1er septembre 2026, calculée sur le loyer non révisé.
Deuxième subtilité : la révision ne prend effet qu’à la date où le bailleur la demande, sans rétroactivité. Un propriétaire qui écrit à son locataire en janvier 2027 pour une révision due au 1er septembre 2026 ne peut pas réclamer les quatre mois de différentiel écoulés. La hausse s’appliquera à compter de janvier 2027 seulement. Cette règle récompense la rigueur administrative et sanctionne l’inertie, ce qui incite à programmer une alerte dans son agenda un mois avant chaque date anniversaire de bail.
Une précision utile pour les locataires : lorsqu’un bailleur a appliqué une révision manifestement erronée, l’action en contestation du loyer révisé se prescrit par trois ans à compter du jour où la révision a été appliquée. Un locataire qui découvre en 2026 une indexation abusive pratiquée en 2024 peut donc encore demander le remboursement du trop-perçu, à condition de rester dans cette fenêtre. Il est prudent de conserver l’ensemble des quittances et des courriers d’indexation pendant toute la durée du bail, y compris après le départ, jusqu’à la restitution complète du dépôt de garantie.
Les cas où la révision est interdite
Un indice favorable, une clause en bonne et due forme et un courrier envoyé dans les temps ne suffisent pas toujours. Plusieurs dispositifs peuvent neutraliser la hausse, et ils se cumulent. Le plus large, issu de la loi Climat et résilience, concerne les passoires thermiques. Depuis le 24 août 2022, tout logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique voit son loyer gelé : ni révision en cours de bail, ni augmentation au renouvellement, ni réévaluation lors d’une relocation. Le gel s’applique partout en France métropolitaine, en zone tendue comme ailleurs, et il ne cesse qu’après des travaux permettant de sortir le logement de ces deux étiquettes.
| Situation | Révision possible ? | Fondement | Comment débloquer |
|---|---|---|---|
| Aucune clause de révision au bail | Non | Article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 | Attendre le renouvellement et négocier une nouvelle clause |
| Logement classé F ou G au DPE | Non | Loi Climat et résilience, depuis le 24 août 2022 | Rénovation énergétique et nouveau DPE en E ou mieux |
| Délai d’un an dépassé | Non pour l’année concernée | Loi ALUR, article 17-1 | Appliquer la révision de l’échéance suivante |
| Loyer déjà au plafond de l’encadrement | Non au-delà du plafond | Décrets préfectoraux d’encadrement | Vérifier le loyer de référence majoré en vigueur |
| Bail mobilité ou location saisonnière | Sans objet | Régimes contractuels spécifiques | Fixation libre à chaque nouveau contrat |
| Logement conventionné ANAH ou HLM | Encadrée | Convention signée avec l’État | Appliquer les plafonds de la convention |
Le calendrier d’interdiction de location se durcit en parallèle. Les logements les plus énergivores de la classe G sont déjà sortis du parc locatif depuis janvier 2025 pour les nouveaux baux, et l’ensemble de la classe G suit la même trajectoire. Un bailleur concerné doit donc arbitrer entre travaux et sortie de la location. Avant toute décision, mieux vaut décrypter précisément l’étiquette de son bien et les seuils applicables : notre tableau du DPE 2026 détaille les classes, les consommations correspondantes et les échéances réglementaires.
Zone tendue, encadrement des loyers, relocation : trois mécanismes à ne pas confondre
La confusion est fréquente parce que ces dispositifs se superposent sur les mêmes territoires. La zone tendue désigne d’abord un périmètre géographique, celui des agglomérations de plus de 50 000 habitants où l’offre de logements est insuffisante. Y être situé emporte plusieurs conséquences : préavis réduit à un mois pour le locataire, encadrement de l’évolution des loyers à la relocation, taxe éventuelle sur les logements vacants. Ce n’est pas en soi un plafond de loyer.
L’encadrement des loyers, lui, est un dispositif expérimental appliqué dans une liste limitée de communes qui en ont fait la demande, parmi lesquelles Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Montpellier, Bordeaux, Plaine Commune et Est Ensemble. Il fixe, par quartier, par nombre de pièces, par époque de construction et par type de location, un loyer de référence majoré qu’il est interdit de dépasser. Un loyer déjà au plafond ne peut pas être révisé au-delà, même si l’IRL le permettrait arithmétiquement. Le complément de loyer, seule dérogation admise, suppose des caractéristiques exceptionnelles réellement justifiées, et il est exclu pour les logements classés F ou G.
L’encadrement de l’évolution des loyers à la relocation, enfin, concerne le changement de locataire. En zone tendue, le nouveau loyer ne peut en principe pas dépasser celui payé par le locataire précédent, revalorisé au maximum de l’IRL, sauf travaux d’amélioration significatifs ou loyer manifestement sous-évalué. Un bailleur qui relouerait en pratiquant un bond de 15 % sans justification s’expose à une action en réduction du loyer. Ces règles s’appliquent en plus, et non à la place, du gel des passoires thermiques.

Notifier la révision : ce que doit contenir le courrier
Aucun formalisme n’est légalement imposé, mais la prudence commande un écrit daté et conservé. Le courrier recommandé avec accusé de réception reste la référence, car il fait courir la date de prise d’effet de manière incontestable. Un simple courriel peut suffire si le bail prévoit la communication électronique et que le locataire y a consenti, mais il sera plus difficile à opposer en cas de litige. Le document doit permettre au locataire de refaire le calcul lui-même, ce qui désamorce l’essentiel des contestations.
- Les coordonnées complètes du bailleur et du locataire, ainsi que l’adresse précise du logement concerné.
- La référence au bail : date de signature et article prévoyant la clause de révision annuelle.
- Le montant du loyer actuel hors charges, distinct des provisions pour charges.
- Le trimestre de référence retenu, la valeur des deux indices utilisés et leur date de publication par l’Insee.
- Le détail du calcul, puis le nouveau montant du loyer hors charges au centime près.
- La date de prise d’effet de la révision et le nouveau montant total à régler chaque mois, charges comprises.
Un tableau récapitulatif joint au courrier, reprenant ancien loyer, indices, résultat et nouvelle quittance, fait souvent gagner un échange entier. Il est également judicieux de rappeler que la révision n’affecte ni le dépôt de garantie, qui reste figé au montant initial du bail pour une location vide, ni les modalités de paiement. Cette clarté préventive limite le risque de tension, surtout lorsque le climat locatif est déjà fragile ou qu’un retard de paiement s’est déjà produit par le passé.
Le conseil de la rédaction
Ne traitez pas la révision comme un réflexe comptable isolé. Avant d’envoyer le courrier, posez-vous trois questions : le logement est-il bien classé E ou mieux au DPE, la clause de révision figure-t-elle noir sur blanc au contrat, et la date anniversaire est-elle dépassée de moins de douze mois ? Si la réponse est oui aux trois, appliquez la hausse sans état d’âme, en expliquant le calcul. Si l’un des trois points cloche, considérez que le temps sera mieux investi dans un devis de rénovation énergétique que dans un courrier fragile : quelques milliers d’euros de travaux d’isolation débloquent souvent, en plus de la révision, la valeur locative et la valeur de revente du bien.
Désaccord sur la révision : les recours possibles
Lorsque le locataire conteste, la première étape reste l’échange écrit. Dans la majorité des cas, le désaccord vient d’un indice mal choisi ou d’une confusion entre loyer hors charges et loyer charges comprises, et se règle par une simple rectification. Si le dialogue échoue, la commission départementale de conciliation constitue le passage suivant. Gratuite, elle réunit bailleurs et locataires devant une formation paritaire et rend un avis dans un délai de deux mois environ. Sa saisine se fait par courrier recommandé adressé au secrétariat de la commission, à la direction départementale des territoires.
En l’absence d’accord, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble reste compétent. Il peut annuler la révision, ordonner le remboursement des sommes indûment perçues et, dans certains cas, condamner la partie fautive aux dépens. Le recours judiciaire demeure toutefois marginal sur ce contentieux, dont les montants en jeu sont souvent inférieurs à quelques centaines d’euros. Pour un bailleur, la meilleure stratégie reste préventive : un bail rédigé avec une clause de révision claire, un DPE à jour et une notification annuelle méthodique suppriment la quasi-totalité des sources de litige.
Questions fréquentes
Puis-je réviser le loyer deux fois dans l’année si l’indice remonte ?
Non. La révision est strictement annuelle, à la date prévue au bail ou à la date anniversaire du contrat. Une seconde révision dans la même période de douze mois est nulle, et les sommes correspondantes doivent être remboursées au locataire. La seule évolution supplémentaire admise en cours de bail concerne les travaux d’amélioration ayant fait l’objet d’un accord écrit et distinct entre les parties.
Le locataire doit-il donner son accord pour la révision ?
Non, l’accord du locataire n’est pas requis dès lors que la clause de révision figure au bail et que le calcul respecte l’IRL. La révision est un droit du bailleur, pas une négociation. En revanche, le locataire peut toujours contester le montant s’il estime que l’indice retenu ou la date d’effet sont erronés, et il n’est pas tenu de payer un supplément mal calculé.
Que se passe-t-il si le bail ne précise aucun trimestre de référence ?
C’est le dernier indice publié par l’Insee à la date de signature du bail qui devient la référence, et il faut ensuite utiliser le même trimestre chaque année. Un bail signé le 20 août 2025 se réfère ainsi à l’indice du deuxième trimestre 2025, publié en juillet, puisque celui du troisième trimestre n’était pas encore paru.
Les charges locatives suivent-elles l’IRL ?
Jamais. Les provisions pour charges se régularisent une fois par an sur la base des dépenses réellement engagées, justificatifs à l’appui, que le montant augmente ou diminue. Confondre les deux mécanismes est l’une des erreurs les plus fréquentes et l’une des plus facilement contestables par un locataire attentif.
Un bail meublé se révise-t-il de la même façon ?
Oui pour une location meublée constituant la résidence principale du locataire : mêmes règles d’indexation, même délai d’un an, même gel en cas de DPE F ou G. Le bail mobilité et la location saisonnière échappent en revanche à ce mécanisme, puisque le loyer y est fixé librement à chaque nouveau contrat, dans les limites de la réglementation applicable.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié. Pour une situation particulière, notamment en zone d’encadrement des loyers ou en cas de litige déjà engagé, rapprochez-vous d’une ADIL, d’un administrateur de biens ou d’un avocat spécialisé en droit immobilier. Les valeurs d’indice citées sont celles publiées par l’Insee à la date de rédaction et doivent être vérifiées avant tout courrier.
Styliste d’intérieur de formation, Claire décrypte les tendances déco et imagine des solutions d’aménagement adaptées à tous les espaces. Sur Au dricdecock, elle propose des idées créatives, des inspirations durables et des astuces simples pour sublimer chaque pièce de la maison, du studio urbain au jardin zen.
