Entre la chute des feuilles et les premières gelées sérieuses, une fenêtre s’ouvre pour tous ceux qui rêvent d’un verger, d’une haie champêtre ou d’un massif d’arbustes : celle de la plantation des arbres et arbustes à racines nues. Vendus sans motte ni pot, ces végétaux en dormance coûtent nettement moins cher que leurs homologues en conteneur, offrent un choix de variétés bien plus large et, plantés au bon moment, démarrent souvent plus vite. Encore faut-il respecter quelques règles simples : les racines ne doivent jamais sécher, le trou doit être généreux, et le collet ne doit pas être enterré. Ce guide détaille la période idéale, la préparation, la plantation pas à pas et l’entretien de la première année, avec des repères chiffrés que vous pourrez appliquer dès ce week-end.
Qu’est-ce qu’un arbre ou un arbuste à racines nues ?
Un végétal à racines nues est un arbre, un arbuste ou un rosier arraché en pleine terre par le pépiniériste pendant sa période de repos végétatif, généralement entre novembre et mars. Ses racines sont livrées sans substrat, parfois simplement enveloppées dans un sac plastique humide ou dans de la paille pour conserver l’humidité pendant le transport. Comme la sève est arrêtée, la plante supporte très bien ce traitement : elle n’a ni feuilles à nourrir ni besoin d’eau immédiat, ce qui laisse le temps de la mettre en terre sans stress. C’est aussi la raison pour laquelle cette formule est réservée aux espèces à feuillage caduc : pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, ormes champêtres, tilleuls, érables, charmes, noisetiers, rosiers, groseilliers ou encore forsythias.
À l’inverse, les conifères, les arbustes à feuilles persistantes comme le laurier-palme, l’olivier ou les agrumes ne se vendent généralement pas à racines nues : ils conservent leur feuillage en hiver et ne supporteraient pas d’être privés de leur motte. Pour ceux-là, on privilégie la motte emballée dans une toile de jute ou le conteneur. Retenez donc une règle de bon sens : si l’arbuste a perdu toutes ses feuilles et que le vendeur l’expose les racines à l’air, vous êtes bien face à un végétal à racines nues, et il faudra le planter vite et soigneusement.
Pourquoi choisir les racines nues plutôt que le conteneur ?
Le premier argument est financier. Un arbre fruitier à racines nues se négocie en général entre 12 et 30 euros selon l’espèce, le porte-greffe et la taille, quand le même sujet en conteneur de dix litres dépasse facilement 35 à 60 euros. Pour une haie champêtre de trente plants, l’écart se chiffre en centaines d’euros : les jeunes sujets de 60 à 100 centimètres se trouvent à 1,50 ou 3 euros pièce en lot, contre 6 à 12 euros en godet. Le second argument tient à la qualité de l’enracinement : un plant arraché en pleine terre n’a pas subi le « chignon » des racines enroulées qui affecte parfois les végétaux restés trop longtemps en pot. Ses racines se répartissent naturellement dans toutes les directions et colonisent le sol dès le printemps.
Le troisième avantage est la diversité. Les pépiniéristes spécialisés proposent en racines nues des dizaines de variétés anciennes de pommes, de poires ou de prunes introuvables en jardinerie classique, ainsi que des essences locales idéales pour les haies bocagères. Enfin, l’empreinte écologique est moindre : pas de pot plastique, pas de tourbe, un transport plus léger. En contrepartie, la fenêtre de plantation est plus courte et l’organisation plus exigeante. Il faut commander à l’avance, préparer le terrain avant l’arrivée du colis et réserver une demi-journée à la mise en terre. Ces contraintes restent toutefois modérées pour un jardinier même débutant.

Quelle est la meilleure période pour planter ?
La plantation à racines nues se réalise pendant le repos végétatif, c’est-à-dire après la chute complète des feuilles et avant le débourrement. Dans l’immense majorité des régions françaises, cela correspond à la période de novembre à mi-mars. Le début de cette période, de novembre à décembre, est généralement le meilleur choix : le sol, encore réchauffé par l’été et l’automne, permet aux racines d’amorcer une première croissance silencieuse avant l’hiver, et la plante est mieux installée lorsque la sève repart. Dans les régions froides ou aux sols argileux très lourds, mieux vaut attendre la fin de l’hiver, en février-mars, pour éviter l’asphyxie des racines dans un terrain détrempié.
Quelques situations imposent de suspendre le chantier : un sol gelé en profondeur, un terrain gorgé d’eau après des pluies persistantes ou un vent d’est glacial qui dessèche les racines en quelques minutes. Dans ces cas, la mise en jauge (voir plus bas) permet de patienter plusieurs semaines sans dommage. Le tableau ci-dessous résume les repères à retenir selon le climat et la nature du sol.
| Situation | Période conseillée | Précaution principale |
|---|---|---|
| Climat doux (ouest, sud, littoral) | Novembre à février | Arroser si l’hiver est sec |
| Climat continental ou montagnard | Fin février à mi-mars, ou novembre si pas de gel | Pailler généreusement le pied |
| Sol léger, sableux ou calcaire | Novembre à décembre | Prévoir un arrosage de reprise |
| Sol argileux, lourd, humide | Fin février à mars | Ameublir le fond du trou, drainer |
| Sol gelé ou détrempié | Report obligatoire | Mettre en jauge en attendant |
Préparer le terrain avant l’arrivée des plants
Une bonne plantation se joue avant même d’ouvrir le colis. Commencez par choisir l’emplacement en tenant compte de la taille adulte de l’arbre, pas de celle du jeune sujet reçu. Un pommier sur porte-greffe semi-vigoureux demande environ 4 à 5 mètres de liberté, un cerisier de plein vent jusqu’à 8 mètres, un arbuste de haie 1 à 1,5 mètre d’espace. Le code civil impose par ailleurs des distances minimales avec la propriété voisine : 2 mètres pour les plantations de plus de 2 mètres de hauteur, 0,50 mètre pour les plus basses, sauf règlement local ou usage contraire. Vérifiez aussi la proximité de canalisations, de réseaux enterrés et de murs de clôture, dont les fondations peuvent souffrir de racines puissantes.
Préparez ensuite les trous quelques jours à l’avance si possible. Creusez un volume large plutôt que profond : environ 60 à 80 centimètres de diamètre pour 50 à 60 centimètres de profondeur pour un arbre fruitier, et une simple tranchée de 30 à 40 centimètres pour une haie champêtre. Mettez la terre de surface, plus riche, d’un côté, et le sous-sol de l’autre. Griffez le fond et les parois avec une fourche-bêche : dans un sol compact, les parois lisses laissées par la pelle forment un « pot de fleurs » où les racines tournent en rond. Si la terre est pauvre, mélangez-y une pelle de compost mûr, mais jamais de fumier frais ni d’engrais chimique concentré qui brûlerait les racines.

La mise en jauge, la solution quand on ne peut pas planter tout de suite
Il arrive que le colis arrive un jour de pluie battante ou de gelée blanche. Inutile de précipiter la plantation : la mise en jauge consiste à enterrer provisoirement les racines dans une tranchée de terre meuble, à l’abri du vent et du gel, en inclinant l’arbre à 45 degrés. On recouvre les racines et le bas de la tige, puis on tasse légèrement et on arrose. Les plants peuvent ainsi attendre deux à trois semaines sans dommage, parfois davantage dans une pièce fraîche et abritée. Le sable humide, la terre de jardin ou même un seau rempli de terreau conviennent, à condition que les racines ne se retrouvent jamais en contact direct avec l’air sec.
Si les racines sont arrivées desséchées, ou si le transport a duré plus de quelques jours, pratiquez un trempage : immergez-les dans un seau d’eau pendant deux à douze heures avant de planter, pas davantage car un séjour trop long asphyxie les racines. Ce bain de réhydratation réveille les tissus et améliore sensiblement la reprise. Profitez-en pour inspecter l’ensemble du système racinaire et recouper au sécateur propre les racines abîmées, cassées ou trop longues, en gardant des coupes nettes en biseau. Les racines saines et fines, de la grosseur d’un fil à un crayon, doivent être conservées au maximum.
Le praliner, un geste d’expert qui change tout
Le pralinage est une technique ancienne et efficace qui consiste à tremper les racines dans un mélange fluide d’argile, de bouse de vache séchée (ou de compost fin) et d’eau, jusqu’à obtenir la consistance d’une crème épaisse. Cette enveloppe protège les racines de la dessiccation pendant les minutes qui séparent le seau du trou, favorise le contact entre les racines et la terre en comblant les poches d’air, et apporte un léger supplément de micro-organismes bénéfiques. On trouve des produits tout prêts en jardinerie, mais une pelle d’argile ou de terre argileuse délayée dans un seau d’eau fait très bien l’affaire. Pour une haie de plusieurs dizaines de plants, pralinez toute la botte d’un coup dans une brouette.

Planter pas à pas
Le jour de la plantation, choisissez un temps doux et sans vent. Sortez les plants un par un et gardez les autres à l’abri, sous une bâche humide. Posez l’arbre dans le trou pour vérifier la profondeur : le point de greffe, ce renflement visible quelques centimètres au-dessus des racines sur les arbres fruitiers, doit rester 10 à 15 centimètres au-dessus du sol final. Le collet, qui marque la jonction entre racines et tronc, ne doit jamais être enterré. Pour vérifier, posez un manche de pelle en travers du trou : il doit toucher la base du tronc sans l’enfouir.
Les étapes suivantes s’enchaînent rapidement. Installez d’abord le tuteur, planté avant l’arbre pour ne pas blesser les racines, côté vent dominant. Placez ensuite l’arbre contre le tuteur, étalez les racines en éventail et rebouchez en remettant d’abord la terre de surface au fond, puis le sous-sol. Secouez doucement le tronc de haut en bas pour que la terre pénètre entre les racines, puis tassez légèrement au pied. Formez enfin une cuvette d’arrosage de 50 centimètres de diamètre et versez 15 à 20 litres d’eau, même s’il pleut : ce « bassinage » colle la terre aux racines et supprime les poches d’air. Le tableau suivant récapitule les dimensions utiles selon le type de végétal.
| Végétal | Trou conseillé | Distance de plantation | Tuteurage |
|---|---|---|---|
| Arbre fruitier (tige) | 60 à 80 cm de large, 50 cm de profondeur | 4 à 6 m | Oui, 2 ans minimum |
| Arbre fruitier (basse-tige, nain) | 50 cm de large | 2,5 à 4 m | Oui, souvent définitif |
| Arbuste d’ornement | 40 à 50 cm de large | 1 à 2 m | Rarement |
| Haie champêtre | Tranchée de 30 à 40 cm | 0,5 à 1 m (2 à 3 plants/m en double rang) | Non, sauf vent fort |
| Rosier | 40 cm de large | 0,8 à 1,2 m | Non |
Un arbre planté trop profond meurt lentement, un arbre planté trop haut survit presque toujours : dans le doute, restez en surface plutôt qu’en profondeur.
Tuteurer correctement sans étrangler l’arbre
Le tuteur ne sert pas à soutenir un tronc fragile : il empêche la motte de racines de bouger sous l’effet du vent, ce qui casserait les jeunes radicelles au fur et à mesure qu’elles se forment. Un piquet de 2 mètres, dont 50 centimètres enfoncés, en châtaignier ou en robinier, est suffisant pour la plupart des arbres fruitiers. Fixez le tronc au tuteur avec un lien souple en caoutchouc ou en sangle, en croisant le lien en huit entre les deux pour éviter qu’ils ne frottent. Surveillez le lien au printemps suivant, puis chaque année : un lien trop serré peut étrangler l’écorce au fil des saisons. Après deux ans, on retire le tuteur des arbres de plein vent, le tronc ayant acquis assez de rigidité pour résister seul.
Dans les régions exposées aux rongeurs, pensez également à protéger le bas du tronc avec une gaine rigide ou un grillage fin, afin d’empêcher lapins et campagnols de ronger l’écorce en hiver. Cette protection est tout aussi valable contre les chevreuils en lisière de bois, qui frottent leurs bois contre les jeunes troncs. Un simple manchon en plastique perforé ou une spirale protectrice coûte moins de deux euros et évite la perte d’un arbre de trois ans.
La taille de plantation, un passage souvent négligé
Un arbre arraché a perdu une grande partie de ses racines, parfois jusqu’à la moitié. Pour rétablir l’équilibre entre la partie aérienne et le système racinaire, une taille de plantation légère est recommandée. Sur un jeune arbre fruitier, on raccourcit d’un tiers les branches charpentières en coupant au-dessus d’un bourgeon orienté vers l’extérieur, et on supprime les rameaux mal placés ou croisés. Sur une haie champêtre, on recepe souvent les plants à 20 ou 30 centimètres du sol pour favoriser une ramification dès la base. Pour aller plus loin sur la conduite de l’arbre, découvrez notre guide pour tailler un pommier et maximiser la récolte et celui pour tailler un cerisier et le garder productif.
Entretenir la première année
La première saison est décisive. Le paillage est l’allié n°1 : une couche de 8 à 10 centimètres de paille, de copeaux de bois, de broyat ou de feuilles mortes autour du pied, sur un rayon de 50 centimètres, retient l’humidité, limite les mauvaises herbes et protège du gel. Laissez toutefois 10 centimètres libres autour du tronc pour éviter l’humidité stagnante qui favorise les maladies de l’écorce. En cas d’hiver rigoureux, vous trouverez d’autres conseils dans notre article sur la protection des plantes contre le gel.
L’arrosage est le second pilier. Même en hiver, une plantation réalisée durant une période sans pluie demande un apport d’eau tous les 15 jours environ. Au printemps puis en été, comptez 15 à 20 litres par arbre chaque semaine en l’absence de pluie, en privilégiant un arrosage copieux et espacé plutôt que de fréquents petits apports qui attirent les racines vers la surface. Les deux premiers étés sont les plus critiques : un arbre qui souffre de la sécheresse pendant cette période peut mettre des années à récupérer, voire disparaître.
Les erreurs les plus fréquentes à éviter
Malgré la simplicité du principe, certaines erreurs reviennent chaque hiver. Elles expliquent la majorité des échecs de reprise et sont toutes faciles à éviter avec un peu d’anticipation. Les voici, classées du plus fréquent au moins fréquent :
- Enterrer le collet ou le point de greffe : l’arbre s’asphyxie ou le greffon prend racine, perdant les qualités du porte-greffe.
- Laisser les racines à l’air : quelques minutes de vent sec suffisent à tuer les radicelles, d’où l’intérêt du pralinage et du bac d’eau.
- Creuser un trou trop petit : les racines sont repliées ou tordues, et l’arbre peine à s’ancrer.
- Apporter du fumier frais ou de l’engrais au fond du trou : le contact direct brûle les racines.
- Oublier l’arrosage de plantation : sans lui, des poches d’air subsistent et les racines se dessèchent.
- Planter en sol gelé ou détrempé : mieux vaut mettre en jauge et attendre une meilleure fenêtre.
Quel budget prévoir pour un petit verger ou une haie ?
Pour un jardin familial, le budget dépend surtout du nombre de plants et de l’équipement déjà disponible. Un petit verger de quatre arbres fruitiers (deux pommiers, un poirier, un prunier) revient à environ 80 à 120 euros pour les plants, auxquels s’ajoutent les tuteurs (4 à 8 euros pièce), les liens, les gaines de protection et quelques sacs de paillis. Une haie champêtre de 20 mètres en double rang demande une quarantaine de plants, soit 60 à 120 euros selon les essences, contre près de 400 euros pour la même haie en conteneur. Pensez également aux aides locales : certaines communes, intercommunalités ou associations proposent des opérations de plantation de haies ou la distribution gratuite de plants en hiver. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de la chambre d’agriculture avant de commander. Pour les petits espaces, découvrez aussi les meilleurs arbres fruitiers nains pour un petit jardin, et si vous visez une haie persistante, notre guide pour planter une haie de lauriers-palme détaille les espacements et l’entretien.
Le conseil de la rédaction
Commandez vos plants dès l’automne pour être livré en novembre ou décembre, et préparez les trous avant la livraison. Le jour J, plantez le jour même ou mettez en jauge immédiatement : c’est la rapidité de mise en terre qui détermine la reprise bien plus que le prix ou la taille du sujet. Si vous plantez près d’une limite de propriété, vérifiez d’abord les distances légales et le règlement de votre commune ou de votre lotissement.
Questions fréquentes
Peut-on planter un arbre à racines nues au printemps ?
C’est déconseillé. Dès que la sève monte et que les bourgeons gonflent, l’arbre a besoin d’une alimentation immédiate que des racines fraîchement déplantées ne peuvent pas fournir. Si vous manquez la fenêtre, optez pour un sujet en conteneur ou en motte, qui supportera mieux une plantation tardive.
Combien de temps peut-on garder un arbre à racines nues avant de le planter ?
Quelques heures à l’air libre, à condition de recouvrir les racines d’un sac humide. Mis en jauge, il peut attendre deux à trois semaines. Au-delà, il est préférable de le planter définitivement dès que le sol est praticable.
Faut-il arroser en hiver ?
Oui, en l’absence de pluie prolongée, un apport de 10 à 15 litres tous les 15 jours suffit. Il faut en revanche éviter d’arroser par temps de gel pour ne pas former de glace autour du collet.
Un arbre à racines nues donne-t-il des fruits plus vite ?
Pas nécessairement. La mise à fruits dépend avant tout du porte-greffe et de la variété. En général, un pommier basse-tige produit ses premières pommes 2 à 4 ans après la plantation, un cerisier ou un noyer demandant davantage de patience.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié (pépiniériste, paysagiste, arboriculteur). Avant toute plantation en limite de propriété ou près de réseaux enterrés, renseignez-vous sur le règlement local et la réglementation en vigueur.
Styliste d’intérieur de formation, Claire décrypte les tendances déco et imagine des solutions d’aménagement adaptées à tous les espaces. Sur Au dricdecock, elle propose des idées créatives, des inspirations durables et des astuces simples pour sublimer chaque pièce de la maison, du studio urbain au jardin zen.
